CYBER WELFARE

Protégez votre vie privée numérique

Supprimer les applications inutilisées : moins de portes ouvertes sur votre téléphone

Vous faites défiler la liste des applications installées et, tôt ou tard, vous les retrouvez : le jeu téléchargé pour un voyage il y a deux étés, l’application d’un concert, celle du parking d’une ville où vous n’avez mis les pieds qu’une fois, le programme de fidélité d’un magasin qui a fermé depuis. Aucune ne dérange personne. Elles restent là, au fond d’un dossier, « au cas où ». Et c’est bien là que commence l’intérêt de supprimer les applications inutilisées.

Une application installée n’est pas un objet posé dans un tiroir. C’est un programme qui peut recevoir des données, s’activer en arrière-plan — c’est-à-dire pendant que vous ne vous en servez pas —, conserver les autorisations que vous lui avez accordées et rester connectée à un compte en ligne. Quand plus personne ne l’ouvre et que, parfois, l’équipe qui l’a développée ne s’en occupe plus non plus, elle devient une porte laissée entrouverte que personne ne surveille.

Cette recommandation — la R22 du Framework Cyber Welfare — vous propose un geste simple : faire un tri régulier et supprimer les applications inutilisées, en commençant par celles qui ne reçoivent plus de mises à jour. Aucune compétence technique n’est nécessaire. Un quart d’heure de temps en temps suffit, avec quelques critères clairs pour décider de ce que vous gardez.

Ce que dit cette recommandation

La recommandation R22 demande que seules restent installées sur votre téléphone les applications que vous utilisez vraiment et qui sont encore mises à jour ; toutes les autres sont à retirer, avec une vérification à refaire à intervalles réguliers.

Les applications à retirer se rangent en deux groupes :

  • celles que vous n’ouvrez plus, parce qu’une habitude a changé, qu’un projet s’est terminé ou qu’elles n’ont servi qu’une seule fois ;
  • celles qui ne sont plus entretenues, c’est-à-dire que leur éditeur ne met plus à jour : même s’il vous arrive de les ouvrir, elles ont cessé de recevoir des correctifs de sécurité.

Ce que ce n’est pas. Ce n’est pas un concours du plus petit nombre d’icônes : les applications qui vous servent restent, et le choix vous appartient. Ce n’est pas non plus le rangement dans un dossier ni le retrait de l’icône de l’écran d’accueil : dans ce cas, l’application demeure installée, avec ses données et ses autorisations. Supprimer une application signifie la désinstaller de l’appareil et, lorsque c’est utile, fermer aussi le compte qui lui est associé.

Champ d’application. Cela vaut pour le téléphone personnel comme pour celui du travail, pour la tablette de la maison et pour les appareils des proches qui vous demandent un coup de main. Le même principe s’étend à l’ordinateur : les programmes que vous n’ouvrez plus et les extensions de navigateur installées pour une seule occasion suivent la même logique.

Pourquoi supprimer les applications inutilisées compte vraiment

Chaque application est faite de code, et le code peut contenir des erreurs. Certaines de ces erreurs sont des vulnérabilités : des failles qui, une fois découvertes, peuvent servir à faire faire à l’application quelque chose qu’elle ne devrait pas faire. Les éditeurs les corrigent par des mises à jour. C’est pour cette raison que garder ses logiciels à jour figure parmi les protections les plus efficaces qui soient.

Le problème des applications oubliées, c’est qu’elles échappent justement à cette protection. En sécurité, on parle de surface d’attaque : l’ensemble des points par lesquels quelqu’un pourrait tenter d’entrer. Plus vous avez d’applications, plus il y a de points à tenir en ordre. Si l’une d’elles ne reçoit plus de mises à jour, ses failles restent où elles sont, y compris lorsqu’elles deviennent publiques.

Les conséquences concrètes se lisent sur quatre fronts :

  • des données collectées sans raison — certaines applications continuent de lire la localisation, les contacts ou l’activité même si vous ne les avez pas ouvertes depuis des mois, dès lors que les autorisations le permettent ;
  • des failles que personne ne corrige — une application abandonnée par son éditeur reste figée à la version que vous avez, avec ses limites de sécurité ;
  • des comptes et des données laissés en chemin — derrière beaucoup d’applications se trouve un profil, avec une adresse e-mail, une adresse postale et parfois un moyen de paiement ; si l’application ou l’entreprise change de mains, ces données peuvent prendre des routes que vous n’aviez pas prévues ;
  • un téléphone plus difficile à lire — espace occupé, batterie consommée, notifications inutiles : au milieu de ce bruit, il devient plus difficile de remarquer ce qui ne va pas.

Un cas appelle une attention particulière : les applications auxquelles vous avez accordé beaucoup d’autorisations. Une application de retouche photo utilisée une seule fois, avec l’accès à la galerie, à l’appareil photo et à la localisation, garde ces clés tant qu’elle reste installée. La recommandation consacrée à contrôler les autorisations des applications aide à les réduire une par une ; supprimer l’application les referme toutes d’un coup.

Apport du tri des applicationsPourquoi cela compte
Il réduit la surface d’attaqueMoins de programmes installés, moins de points à protéger et à mettre à jour
Il écarte les applications abandonnéesLes failles non corrigées cessent d’être votre problème
Il limite la collecte de données en arrière-planUne application absente ne lit ni la localisation, ni les contacts, ni l’activité
Il libère de l’espace et des ressourcesPlus de mémoire, plus de batterie, moins de notifications à ignorer
Il rend le téléphone plus facile à surveillerVous reconnaissez chaque application installée et remarquez tout de suite ce qui détonne

Un exemple concret

Marc est géomètre et se sert de son téléphone pour à peu près tout : le travail, la famille, quelques parties le soir. Un samedi, en cherchant de la place pour les photos des vacances, il ouvre la liste complète des applications. Il y en a plus de quatre-vingt-dix. Il en reconnaît une trentaine du premier coup d’œil.

Parmi les autres, il trouve une application de numérisation de documents installée pour un dossier trois ans plus tôt : sa dernière mise à jour remonte à très loin et elle n’apparaît plus dans la boutique officielle. Elle a toujours accès à l’appareil photo et au stockage des fichiers, là où se trouvent les scans d’une pièce d’identité. Un peu plus bas, l’application d’un tournoi de football à cinq qui demande encore la localisation « en permanence », et celle d’une chaîne de magasins avec son adresse et une carte de paiement enregistrée.

Aucune de ces applications ne lui a jamais posé le moindre problème. Mais Marc se rend compte que chacune est un petit morceau de sa vie numérique que plus personne ne regarde.

En vingt minutes, il en supprime vingt-six. Avant de désinstaller celle des magasins, il ouvre son profil et ferme le compte ; pour celle de numérisation, il enregistre ailleurs les fichiers dont il a besoin et efface le reste. Il note dans son agenda un rappel pour refaire le tri dans trois mois. Le téléphone n’est pas devenu « sûr à cent pour cent » : il est devenu un téléphone qu’il connaît.

Quand l’appliquer

Le tri vaut dans tous les cas, mais certains moments le rendent plus facile et plus utile.

  • À intervalles réguliers. Une fois tous les trois mois est un rythme praticable : assez fréquent pour ne rien accumuler, assez espacé pour ne pas devenir une corvée.
  • Quand une habitude change. Vous avez changé de salle de sport, terminé une formation, bouclé un projet professionnel, vendu la voiture : les applications liées à cette période peuvent partir avec elle.
  • Après un voyage ou un événement. Applications de transports locaux, d’un festival, d’un musée, d’un salon : elles servent quelques jours, puis restent des années.
  • Avant une mise à jour importante du système. Un téléphone plus léger se met à jour avec moins d’accrocs, et vous en profitez pour voir quelles applications ne sont plus compatibles.
  • Quand le téléphone vous signale une application inutilisée ou non mise à jour. Beaucoup de systèmes préviennent lorsqu’une application n’a pas été ouverte depuis longtemps ou qu’elle ne reçoit plus de mises à jour : c’est un bon rappel, pas une alerte.
  • Quand vous passez à un nouvel appareil. Plutôt que de tout transférer automatiquement, choisissez ce que vous emportez avec vous.

Comment l’appliquer

Rien n’oblige à tout faire d’un seul coup. Le plus simple est de suivre une séquence.

  1. Ouvrez la liste complète des applications. Ne vous arrêtez pas à l’écran d’accueil : les paramètres du téléphone contiennent la liste de toutes les applications installées, souvent avec la date de la dernière utilisation et l’espace occupé. Un premier balayage de cette liste suffit pour se faire une idée et repérer au passage les applications installées à retirer.
  2. Appliquez trois critères simples. Une application se retire si vous ne l’avez pas ouverte depuis environ trois mois et qu’elle n’a pas de fonction essentielle ; si son éditeur a cessé de la mettre à jour ou si elle n’est plus présente dans la boutique officielle ; si elle fait la même chose qu’une autre application que vous utilisez davantage.
  3. Mettez à l’abri ce dont vous avez besoin. Les photos, les documents, les notes ou les conversations qui ne vivent qu’à l’intérieur de l’application sont à sauvegarder ou à exporter ailleurs avant la désinstallation.
  4. Fermez le compte, pas seulement l’application. Si l’application avait un profil, cherchez dans ses paramètres l’option de suppression du compte. La désinstallation retire le programme du téléphone, mais les données restent sur les serveurs du service.
  5. Résiliez les abonnements. Désinstaller une application n’annule pas un abonnement en cours : la résiliation se fait depuis la gestion des abonnements de la boutique ou depuis le site du service. Repérer ceux que vous aviez oubliés relève d’une simple évaluation des risques : que vous coûte chaque mois une application que vous n’ouvrez plus ?
  6. Révoquez les accès associés. Si vous vous étiez inscrit à une application en utilisant le compte d’un réseau social ou celui de votre messagerie, les paramètres de ce compte contiennent la liste des applications qui y sont connectées : retirez-en celles que vous venez de supprimer.
  7. Désinstallez. Ce n’est qu’à ce stade que vous retirez l’application de l’appareil. Pour les applications préinstallées que le système ne permet pas de supprimer, utilisez l’option de désactivation, qui les arrête et limite leur accès.
  8. Fixez le prochain tri. Un rappel trimestriel transforme le tri en habitude, au lieu d’en faire une expédition à mener le jour où la mémoire est pleine.

Erreurs fréquentes à éviter

  • « De toute façon, elle ne prend pas de place. » La sécurité ne se mesure pas en mégaoctets. Même une application minuscule peut détenir de larges autorisations et un compte associé.
  • « Elle pourrait me servir un jour. » Si elle vous sert de nouveau, vous la téléchargerez depuis la boutique officielle, et ce sera la version la plus récente.
  • Masquer au lieu de supprimer. Retirer l’icône de l’écran d’accueil ou la ranger dans un dossier ne change rien : l’application reste installée et active.
  • Désinstaller sans fermer le compte. Le profil, avec ses données personnelles et parfois une carte de paiement enregistrée, demeure sur les serveurs du service même quand l’application a disparu.
  • Oublier les abonnements. Une application supprimée peut continuer de coûter tous les mois si l’abonnement n’a pas été résilié.
  • Supprimer trop vite ce qui sert vraiment. Les applications d’authentification — celles qui génèrent les codes de connexion à plusieurs facteurs —, celles de la banque en ligne, les applications d’urgence ou de santé méritent un moment d’attention supplémentaire : si vous en retirez une, vérifiez d’abord que vous disposez d’une autre façon d’accéder à vos comptes.
  • Négliger les applications préinstallées. Beaucoup de téléphones arrivent avec des applications d’usine dont vous ne vous servirez jamais : si elles ne peuvent pas être retirées, les désactiver réduit tout de même leur portée.

Lien avec le Framework Cyber Welfare

La R22 est une recommandation d’entretien : elle transforme un geste occasionnel — effacer quelque chose quand la mémoire est pleine — en une habitude qui protège dans la durée.

PilierApport de ce contenu
CompétencesSavoir trouver la liste complète des applications, reconnaître une application abandonnée et fermer le compte qui lui est associé
Conscience du risqueComprendre que chaque application installée est un point de plus à protéger, même lorsque vous ne l’ouvrez pas
Comportements sûrsFaire le tri à intervalles réguliers et n’installer que ce qui sert vraiment

Niveaux de maturité numérique.

  • FL1 — Débutant. Les applications s’accumulent et ne se suppriment que lorsque la mémoire est pleine. C’est le point de départ le plus courant, pas une faute.
  • FL2 — Initié. Vous faites un tri périodique, vous retirez les applications que vous n’utilisez plus et celles qui ne sont plus mises à jour.
  • FL3 — Autonome. Quand vous supprimez une application, vous fermez aussi le compte, vous résiliez les abonnements et vous révoquez les accès associés.
  • FL4 — Avancé. Vous évaluez chaque nouvelle application avant de l’installer et vous vérifiez régulièrement les autorisations, les mises à jour et les applications liées à vos comptes.
  • FL5 — Expert. Vous aidez d’autres personnes — dans votre famille, dans votre équipe, dans votre entourage — à faire le même tri.

La R22 marque le passage décisif de FL1 à FL2, et elle reste une exigence active à tous les niveaux suivants.

Comment vérifier que vous l’appliquez correctement

Trois questions, à vous poser honnêtement.

  1. Si j’ouvre la liste complète des applications, les reconnais-je toutes, et sais-je à quoi elles servent ?
  2. Quand ai-je supprimé une application pour la dernière fois parce que je ne m’en servais plus, et non parce que je manquais de place ?
  3. Parmi les applications que j’ai supprimées récemment, ai-je aussi fermé les comptes associés ?

Checklist rapide

  • ☐ Dans la liste complète des applications, il n’y en a aucune que je ne reconnaisse
  • ☐ Aucune application installée n’est restée des années sans mise à jour
  • ☐ Les applications que je n’ai pas ouvertes depuis environ trois mois ont été examinées une par une
  • ☐ Pour les applications supprimées, j’ai fermé le compte ou vérifié qu’il n’y en avait pas
  • ☐ Je ne paie plus d’abonnement pour des applications dont je ne me sers plus
  • ☐ J’ai un rappel pour le prochain tri

Si une case reste vide, vous tenez déjà votre prochain pas. Pour une mesure plus large de votre niveau, vous pouvez faire l’auto-évaluation de la résilience numérique.

Récapitulatif

Les applications que vous n’ouvrez plus ne sont pas inoffensives du seul fait qu’elles sont silencieuses. Elles peuvent conserver des autorisations, collecter des données, rester rattachées à un compte et, si leur éditeur les a abandonnées, traîner derrière elles des failles que personne ne corrigera.

Supprimer les applications inutilisées est l’une des formes de protection les plus simples qui soient : vous ouvrez la liste complète, vous appliquez quelques critères, vous mettez à l’abri ce qui compte, vous fermez les comptes et résiliez les abonnements, vous désinstallez, et vous fixez le prochain tri.

La sécurité numérique ne demande pas de renoncer aux applications. Elle demande de savoir lesquelles sont là, et de ne garder que celles que vous avez choisies.

Question de réflexion. Si vous deviez expliquer aujourd’hui à quelqu’un à quoi sert chacune des applications de votre téléphone, pour combien d’entre elles auriez-vous une réponse ?

Approfondir cette recommandation

Cette recommandation est le pivot d’une unité de contenus. Chaque article en approfondit un aspect différent.

Pour approfondir un terme

Fiches courtes du glossaire Cyber Welfare, pour s’arrêter sur un seul terme :

Faites le premier pas : le Programme « Protégez votre Vie Privée Numérique » vous accompagne gratuitement, une recommandation à la fois.