Fiche complémentaire de la leçon « Les données que nous générons chaque jour » — cours Vie privée en ligne
Votre empreinte numérique ne se limite pas à ce que vous publiez. Elle comprend aussi ce que votre téléphone, vos applications et vos comptes enregistrent pendant une journée ordinaire, et ce que l’on en déduit. Cette fiche vous aide à repérer les traces d’une journée en trois couches, pour décider lesquelles laisser plutôt que de chercher à toutes les effacer.
L’idée clé : on ne peut pas choisir les traces que l’on laisse avant d’avoir vu celles que l’on laisse déjà. Les voir n’a rien d’alarmant : c’est là que commencent vos choix.
A. Pourquoi c’est important
La leçon employait une image simple : des empreintes de pas sur le sable, sauf qu’ici la marée ne vient pas les effacer. Prise isolément, chaque trace en dit très peu. Mises bout à bout au fil d’une journée, elles racontent une histoire que vous n’avez pas pris le temps d’écrire.
Dans ce cours, la vie privée tient en trois questions : que sait-on de vous, qui le sait, et que choisissez-vous de laisser savoir ? On ne peut répondre à la troisième qu’en ayant une idée des deux premières. C’est pourquoi cette fiche vient avant tout changement de réglage.
L’objectif n’est pas de vivre sans laisser de trace. Beaucoup de traces paient un service qui vous est utile, comme un itinéraire ou une playlist qui vous ressemble. Il s’agit de faire passer certaines d’entre elles du hasard au choix. Et il n’est pas question ici de l’empreinte digitale, celle du doigt, mais de l’empreinte numérique : ce que l’on laisse en utilisant des appareils et des services.
Ce que disent les sources
La CNIL, l’autorité française de protection des données, définit une donnée personnelle comme « toute information se rapportant à une personne physique identifiée ou identifiable ». Elle précise qu’une personne peut aussi être identifiée indirectement, par exemple « à partir du croisement d’un ensemble de données ». Dans son dossier thématique sur l’identité numérique, publié en février 2023, elle range l’adresse IP (le numéro attribué à votre connexion à internet) et la géolocalisation parmi les « traces numériques ».
Sur la position du téléphone, la CNIL écrit : « Vos déplacements en disent long sur vous ». Sa page, datée du 7 juillet 2026, ajoute que quelques points de localisation peuvent suffire à identifier une personne, surtout s’ils révèlent son domicile ou son lieu de travail. Elle rappelle aussi qu’une localisation permanente n’est pas forcément nécessaire.
Pour passer des données aux conclusions, la CNIL décrit le profilage comme un traitement qui utilise les données personnelles d’un individu « en vue d’analyser et de prédire son comportement ». Ses exemples incluent les préférences et les habitudes de vie.
Côté pratique, Cybermalveillance.gouv.fr, le dispositif national d’assistance aux victimes de cybermalveillance, invite à vérifier « les autorisations que vous donnez à vos applications ». Sa fiche sur les appareils mobiles juge suspect qu’un jeu de cartes gratuit réclame l’accès aux contacts, à la position GPS ou à l’appareil photo.
B. Notions clés
Cinq idées qui transforment l’image des empreintes en quelque chose avec lequel on peut travailler.
Données fournies
Ce que vous donnez en connaissance de cause : le nom et l’adresse électronique d’un compte, une photo publiée, un avis rédigé.
Pourquoi c’est important pour vous : C’est la couche la plus facile à voir, parce que c’est vous qui l’avez choisie. Mais ce n’est qu’une partie de votre empreinte numérique.
Données observées
Ce qu’un service ou un appareil enregistre pendant que vous l’utilisez : les connexions, la position du téléphone, les recherches, ce que l’on regarde et pendant combien de temps. La CNIL range d’ailleurs l’adresse IP et la géolocalisation parmi les traces numériques.
Pourquoi c’est important pour vous : Cette couche grossit sans que vous fassiez quoi que ce soit de particulier. Elle s’accumule au fil de l’usage ordinaire, ce qui explique la surprise quand on la cherche.
Données déduites
Ce que l’on ne vous a pas demandé et que vous n’avez pas dit : des conclusions tirées des deux premières couches. Centres d’intérêt probables, projets possibles, type de client que vous semblez être. C’est le mouvement que décrit la CNIL à propos du profilage : on passe des données à l’analyse, puis à la prédiction.
Pourquoi c’est important pour vous : Cette couche est rarement visible, mais elle peut influencer les publicités et les contenus qui vous sont montrés. Dans la logique de ce cours, limiter ce qui est observé est le moyen le plus direct de limiter ce qui peut être déduit.
Le fil de vos traces
La chaîne que forment vos traces une fois combinées : sur une journée, une semaine, une année et, parfois, d’un service à l’autre.
Pourquoi c’est important pour vous : Un tel fil peut montrer où l’on habite, à quelle heure on quitte son domicile et ce qui nous occupe l’esprit. Raisonner en fil plutôt qu’en données isolées aide à repérer les petites habitudes qui en disent le plus.
Les autorisations, des décisions sur vos données
Une autorisation est l’accès qu’une application demande sur votre téléphone : position, contacts, photos, micro. Le niveau que vous accordez décide de la quantité de données observées que cette application peut recueillir.
Sur Android, l’aide du compte Google présente pour la position des options aux libellés proches de « Toujours autoriser », « Autoriser seulement lorsque l’appli est utilisée » et « Ne pas autoriser ». La page emploie aussi des variantes, comme « Autorisé seulement pendant l’utilisation ». Sur iPhone, l’aide d’Apple mentionne l’option « Autoriser une fois », pour un accès ponctuel, et situe le service de localisation dans Réglages › Confidentialité et sécurité. Ces libellés peuvent varier selon la marque du téléphone et la version du système.
Pourquoi c’est important pour vous : Entre un accès permanent et « Autoriser seulement lorsque l’appli est utilisée », il y a la différence entre une trace à l’ouverture de l’application et une trace tout au long de la journée. Cela ressemble à un détail technique ; c’est un choix sur votre empreinte numérique.
C. Un exemple concret : le mardi ordinaire de Marc
Marc a 22 ans, il est étudiant à Lyon et dit, en souriant, qu’il n’a « rien d’intéressant à tracer ». Un mardi où il ne fait rien de spécial, sa journée se déroule ainsi :
- 7 h 00 : son téléphone partage sa position avec trois applications autorisées à l’utiliser en permanence, dont deux qu’il n’a pas ouvertes depuis des semaines.
- 7 h 45 : il règle un café par carte bancaire en allant au métro, comme presque chaque matin.
- 8 h 20 : dans le métro, son application d’actualités enregistre les deux articles qu’il ouvre, tous deux sur la location d’appartements.
- 13 h 10 : à midi, il tape « douleur au genou après la course ».
- 18 h 30 : il se connecte à une nouvelle application de livraison de repas avec son compte de réseau social, parce qu’un geste suffit au lieu d’un formulaire.
- 21 h 30 : sa plateforme de séries note qu’il arrête un film au bout de douze minutes.
Aucun de ces moments n’est dramatique. Réunies, ces traces suggèrent où Marc habite et étudie, à quelle heure il part de chez lui, un possible projet de changer de logement, une inquiétude éventuelle pour sa santé, ses habitudes du soir et un nouveau lien entre son compte de réseau social et un service de livraison. Le tout lors d’une journée où il n’a, selon lui, « rien fait ».
Ce qui a changé quand Marc a fait sa carte
Un soir, Marc a fait l’exercice ci-dessous. Il ne s’est pas alarmé, seulement étonné par quelques points :
- Des applications qu’il n’utilisait plus gardaient encore sa position en permanence.
- Le bouton « Se connecter avec… » n’était pas un simple raccourci : il reliait ce que deux entreprises conservent sur lui.
- La recherche sur le genou l’a fait réfléchir un instant, mais il a jugé l’échange raisonnable au regard de la réponse obtenue.
Ce soir-là, il a fait passer les deux applications oubliées sur « Ne pas autoriser » et l’application de cartes sur « Autoriser seulement lorsque l’appli est utilisée ». La semaine suivante, il a donné à l’application de livraison son propre identifiant et son propre mot de passe. Il a laissé le café et les séries tels quels. Voilà l’essentiel : non pas moins de traces partout, mais des traces choisies.
D. À vous de jouer : cartographier une journée ordinaire (15 minutes)
Quatre étapes brèves, à faire de préférence en fin de journée ordinaire, sur papier ou dans une note du téléphone. Rien de ce que vous trouverez ne signifie que vous avez mal agi.
Étape 1 — Remontez votre journée à rebours (5 minutes)
- Partez de ce soir et remontez jusqu’au réveil.
- Notez chaque moment où un appareil ou un compte a pu enregistrer quelque chose : réveil, trajets, paiements, recherches, messages, photos, musique, séries, connexions.
- Visez des moments, pas l’exhaustivité.
Étape 2 — Étiquetez chaque trace F, O ou D (5 minutes)
- Près de chaque moment, écrivez F si vous l’avez fourni (saisi ou publié), O s’il a été observé (enregistré pendant que vous utilisiez quelque chose), D si l’on peut probablement en déduire quelque chose.
- Un même moment peut porter plusieurs lettres : une recherche est observée, et elle peut aussi mener à une déduction.
- Regardez quelle lettre revient le plus souvent. C’est votre propre portrait, pas une note.
Étape 3 — Entourez les surprises (2 minutes)
- Entourez deux ou trois traces auxquelles vous n’aviez pas pensé.
- Choisissez celles qui vous étonnent, pas celles qui paraissent les pires. La surprise indique que vous y voyez plus clair qu’avant.
Étape 4 — Prenez une décision (3 minutes)
Pour une seule des traces entourées, choisissez l’une de ces trois options :
- La garder : le confort vaut la trace, et vous savez maintenant qu’elle existe.
- La limiter : baisser une autorisation ou modifier un réglage.
- L’arrêter : désactiver la fonction ou supprimer l’application.
Si votre décision concerne la position, le chemin habituel sur Android passe par Paramètres › Localisation › Accès des applis à la position, ou par un appui long sur l’icône de l’application, puis Infos sur l’appli › Autorisations › Position (d’après l’aide du compte Google). Vous pouvez y choisir « Autoriser seulement lorsque l’appli est utilisée » plutôt qu’un accès permanent. Sur iPhone, cela se règle en général dans Réglages › Confidentialité et sécurité › Service de localisation. Les noms peuvent changer selon la marque du téléphone et la version du système.
Une décision prise en conscience vaut plus qu’une longue liste de bonnes résolutions.
Déjà traité dans le cours Sécurité en ligne
Cartographiez votre vie numérique : par où commence vraiment la protection
Elle cartographie vos comptes et vos appareils côté sécurité, comme une surface à protéger, alors que cette fiche cartographie les données que ces comptes et ces appareils produisent sur vous.
E. Vidéos, articles et autres ressources
Sources institutionnelles d’abord, puis pages d’aide des plateformes. Toutes sont en français.
Sources institutionnelles
CNIL — RGPD : de quoi parle-t-on ?
Ce qu’est une donnée personnelle, et comment le croisement de plusieurs informations peut permettre d’identifier une personne.
https://www.cnil.fr/fr/rgpd-de-quoi-parle-t-on
CNIL — Dossier thématique : L’identité numérique
Repères sur l’identité numérique, dont les traces comme l’adresse IP et la géolocalisation (février 2023).
https://www.cnil.fr/sites/cnil/files/2023-03/CNIL_Dossier-thematique_Identite%20numerique.pdf
CNIL — Géolocalisation et applications mobiles : comment protéger vos données ?
Ce que révèlent les déplacements et pourquoi une localisation permanente n’est pas toujours nécessaire.
https://www.cnil.fr/fr/geolocalisation-applications-mobiles-proteger-vos-donnees
CNIL — Profilage et décision entièrement automatisée
Ce qu’est le profilage : analyser et prédire le comportement à partir de données personnelles.
https://www.cnil.fr/fr/profilage-et-decision-entierement-automatisee
Cybermalveillance.gouv.fr — Protéger ses appareils mobiles
Conseils pour vérifier les autorisations des applications et ne les installer que depuis les boutiques officielles.
https://www.cybermalveillance.gouv.fr/tous-nos-contenus/bonnes-pratiques/appareils-mobiles
Pages d’aide des plateformes
Aide Compte Google — Gérer les autorisations d’accéder à la position pour les applications
Où voir quelles applications utilisent la position et comment régler l’accès application par application sur Android.
https://support.google.com/accounts/answer/6179507?hl=fr
Aide Compte Google — Gérer les associations entre votre compte Google et les applications d’autres développeurs
Comment voir les applications associées à un compte Google et cesser d’utiliser Se connecter avec Google.
https://support.google.com/accounts/answer/13533235?hl=fr
Assistance Apple — À propos de la confidentialité et du service de localisation sous iOS, iPadOS et watchOS
Comment fonctionne la localisation sur iPhone et où la régler.
https://support.apple.com/fr-afri/102515
Liens vérifiés en octobre 2026. Si une adresse change, chercher le titre sur le site de l’organisme aide souvent à la retrouver.
F. Le Framework Cyber Welfare : Compétences, Conscience du risque, Comportements sûrs
Cette fiche relève du pilier Conscience du risque, au niveau FL1 — Débutant : voir ses propres données avec clarté avant de configurer quoi que ce soit.
Compétences
- Distinguer les données fournies, observées et déduites dans sa propre journée.
- Lire l’autorisation d’une application comme une décision sur sa trace.
- Retrouver les autorisations de position sur son propre téléphone.
Conscience du risque
- Reconnaître que l’empreinte numérique comprend ce qui est enregistré et déduit, pas seulement ce que l’on publie.
- Comprendre que des traces isolées se combinent en un fil qui en dit bien plus.
- Traiter la surprise comme une information utile, pas comme un motif d’alarme.
Comportements sûrs
- Transformer une surprise en une décision réfléchie : garder, limiter ou arrêter.
- N’accorder la position que pendant l’usage d’une application, sauf raison claire d’aller plus loin.
- Refaire de temps en temps la carte de sa journée, car les applications et les habitudes changent.
G. Questions pour réfléchir
- Quelle trace de votre carte en dirait le plus sur votre routine à une personne qui ne vous connaît pas ?
- Quel confort de votre journée vaut bien la trace qu’il laisse, et lequel ne semble plus en valoir la peine ?
- Si vous pouviez voir les déductions tirées de votre journée, laquelle voudriez-vous vérifier en premier ?
H. Que faire maintenant
Les recommandations (R) et les mesures de sécurité (MS) de la base de données Cyber Welfare qui s’appliquent le plus directement ici.
1. Position et applications
- R12 — Désactiver le Bluetooth et la localisation quand ils ne servent pas : votre téléphone laissera moins de traces de l’endroit où vous vous trouvez.
- R13 — Contrôler les autorisations des applications : qui peut faire quoi : passez en revue les autorisations de chaque application et baissez celles dont elle n’a pas besoin.
Engagement minimal : aujourd’hui, faites passer une application qui n’a pas de raison claire de connaître votre position en permanence sur « Autoriser seulement lorsque l’appli est utilisée » ou « Ne pas autoriser » (sur Android).
2. Comptes et liens entre services
- R31 — Limiter la connexion via les réseaux sociaux : n’utilisez « Se connecter avec… » que lorsque c’est utile : se connecter « avec » un compte de réseau social ou Google relie ce compte à un nouveau service. Dans votre compte Google, la page « Applications associées » permet de parcourir ces liens. Pour une application que vous n’utilisez plus, l’aide de Google indique l’option « Ne plus utiliser Se connecter avec Google » et précise que vos données dans l’application ne sont pas supprimées.
- MS7 — Limitez qui peut voir votre compte, vos photos et vos publications grâce aux réglages de confidentialité, pour que ce que vous fournissez n’atteigne que les personnes que vous choisissez.
Engagement minimal : choisissez un service auquel on accède avec un compte de réseau social et décidez, en connaissance de cause, de garder ce lien ou de lui donner son propre accès.
En bref
- Votre empreinte numérique comporte trois couches : ce que vous fournissez, ce qui est observé pendant l’usage et ce qui en est déduit.
- Isolées, les traces en disent peu ; combinées en un fil, elles décrivent votre journée.
- Les autorisations sont des décisions sur vos données : « Autoriser seulement lorsque l’appli est utilisée » laisse moins de traces qu’un accès permanent.
- Le but n’est pas d’effacer chaque trace, mais de décider lesquelles laisser.
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